Untitled from petahertz on Vimeo.
Concept écrit par Stéfane Perraud
Rl Vs Sl est une performance pluridisciplinaire multimédia. Elle a été conçue pour mettre l’accent sur un phénomène actuel lié au média internet : Les simulations de vie ou plus spécifiquement SecondLife*.
Concept écrit par Stéfane Perraud
En entrant dans ce nouvel univers issue des nouvelles technologies je me pose une série de questions sur la raison d'être de cette simulation. Je ne comprends pas au premier abord ce qui pousse les gens à se connecter. Car SL n'a pas de but. VIvre dans SL serait donc comme vivre une autre vie. La vie allant de paire avec la mort, je me confronte donc à un dilemme. Car dans SL la mort n'existe pas. Il me faut donc confronter le réel et le virtuel pour trouver quelques réponses.
Dans cette performance je mets en parallèle la représentation théâtrale et Second Life. Je met donc une simulation appelant des êtres réels (le spectacle vivant) à se confronter à une autre simulation, mais virtuel.
Je met donc en doute par ce biais, le réel lui même.
Pour ce faire, je met en scène une secte qui croit en un nouveau paradis : Sencond Life.
Cette secte invitera tous les soirs les spectateurs à franchir le seuil entre réel et virtuel. Mourir pour renaître dans un monde virtuel. La simulation de vie qu'est Second Life sera ce monde parfait.
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Second Life?
Que penseriez vous d'une vie ou nous nous aimerions tous, ou voler est possible, ou se faire un ami par minute n'est pas un problème, ou s'apprêter de manière extravagante n'est pas un facteur d'exclusion, ou l'on pourrait se payer le luxe d'acquérir une île n'est plus si chère, ou plus simplement exister sans être jugé.
Second Life est un environement virtuel qui met en réseau des utilisateurs grâce au média internet et à une interface 3D qui met en scène des avatars. Il ne s'agit en aucun cas d'un jeu-vidéo car il n'y a aucun but, aucune quête, missions ou autres choses du genre, à part parler.Il ne s'agit en fait que d'un t'chat évolué où l'on contrôle son avatar.
Second Life c'est 800000 résidents et 1,3 millions de personnes qui ont téléchargé le logiciel.
Le nombre de joueurs qui se sont connectés lors du dernier mois :914 000 personnes. Du coté des échanges monétaires, les chiffres sont aussi très impressionnants et reflètent bien la montée en puissance de cette univers puisque le montant des échanges monétaires dépasse fréquemment les 400.000 US$ par jour.
Les utilisateurs choisissent leur avatar*. Ils peuvent ensuite voler, modifier leur apparence autant qu'ils le désirent et créer objets, vêtements, bâtiments, sculptures, véhicules de toutes sortes, plantes, animaux, gadgets, etc. Le joueur n'a pas de mission à remplir, il est libre d'aller où bon lui semble, et d'y faire ce qu'il veut tant qu'il respecte les conditions d'accès de Second Life. Il est possible de télécharger depuis les ordinateurs des images, des sons et des animations qui peuvent ensuite être partagés avec les autres utilisateurs qui pourront en faire usage.
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* L'avatar est la représentation virtuelle d'un utilisateur, de forme humanoïde il peut être modifié en taille et en proportions, habillé librement, et animé à l'aide de fichiers d'animation de base intégrés à Second Life.
* Les objets sont les éléments programmables que peut créer chaque utilisateur, ils sont fabriqués à partir de formes géométriques de base appelées primitives.
* Les terres sont la surface explorable de Second Life, elles sont divisés en trois grands continents d'un côté, et une myriade d'îles indépendantes remplissant l'océan autour de ces continents.
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Pour certains habitants, Second Life a supplanté la vie réelle :
Mattias Faulkner, 25 ans, est étudiant à Anvers : « Oui, c’est comme la vraie vie, mais sans les risques et les erreurs. Le monde est devenu tellement flippant que plein de gens trouvent refuge ici. Ma première motivation a été la construction, l’envie de devenir célèbre grâce à mes réalisations. Pour d’autres, SL permet de fuir le réel ou d’expérimenter tous les fantasmes, notamment sexuels. La plupart viennent ici pour se faire des amis et échanger sans a priori ».
Roger Book, ce vieil hippie famélique qui hante les prairies de SL depuis l’automne, était travailleur social à New York avant de partir à la retraite. « J’ai complètement laissé tomber ma vie réelle, je passe tout mon temps ici, au point d’oublier de manger, de dormir ou de sortir. Cet après-midi, j’aurais dû aller manifester contre la guerre. Au lieu de quoi, je suis resté congelé devant mon ordinateur. Je vis seul, je n’ai pas d’amis, une vraie vie de merde. SL a tout changé. Dans le jeu, je peux me marrer avec des potes, fumer toute la dope que je veux. Hier, j’ai passé toute ma journée avec une Philippine, nous avons nagé, pêché, baisé comme des fous, on s’est bien éclaté. »
«Aimee Weber, autre célébrité locale, aux allures de Fée Clochette avec ses jolies ailes de papillon, est une designeuse emblématique de Second Life, l’une des plus anciennes aussi, créatrice de la marque de fringues Preen, dont les profits ont crû au rythme de l’expansion de ce monde virtuel. Suffisamment pour en faire un business à plein temps, que cette New-Yorkaise complète par des projets éducatifs. En association avec l’Exploratorium Museum de San Francisco, elle a construit un planétarium dans lequel les joueurs flottent au milieu du système solaire. Actuellement, elle conçoit une boutique virtuelle pour la marque branchée American Apparel. « SL a changé de façon drastique. La population n’est plus seulement faite de geeks affûtés qui veulent construire quelque chose de cool, une grande partie est composée dorénavant de consommateurs », constate Aimee. Ce qui ne l’empêche pas d’y passer « en moyenne quinze heures par jour. Ça fait peur ! »»
Ce monde qui est censé regrouper des styles de vie différents, des utopies nouvelles, des échapatoires à la vie réel n'est en fait qu'une copie du monde réel. On y trouve des routes, des immeubles, des voitures. Alors qu'on peut voler, se télétransporter.
Que désirent les utilisateurs de SL? Fuir notre monde pour créer un autre monde fictif mais semblable?
Jouer à faire semblant pour ne surtout pas penser aux atroces réalités?
On a la surprenante sensation en voyant l'esthétique de Second Life d'être à Dubaï. Ce monde est né de la même façon et à la même rapidité que cette ville. Ce qui en fait un monde surfait ou rien ne se résout vraiment, ni les problèmes de communication de ses avatars ni leurs fantasmes.
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Mon premier suicide dans Second Life
Louis-Vincent Thomas La mort
Ma première performance consistait à trouver un groupe de gens et à leur poser une série de questions qui menait à la question du suicide. La vie s'accompagnant toujours de la mort, je désirais me suicider virtuellement pour palier à ce manque.
Mais l'unique moyen de mourir dans SL est de ne plus pouvoir communiquer avec personne, se faire exclure de tous les groupes sociaux. J'y suis parvenu à plusieurs reprises et de plusieurs manières : répétitions de mot (copier coller), agacement, action répétitive semi physique, propositions indécentes, don compulsif d'objet de consommation...
Ceci n'était qu'une illusion, un questionnement.
Ma réflexion s'est donc basée sur cette première expérience et je la poursuis en posant une suite de questionnement logique lié à la mort et au réel.
Ces dernières années, la mort a paradoxalement pris une tournure violente (attentats-suicide, suicides collectifs), comme si on devait provoquer la survenue de cette vie éternelle, inaccessible dans ce monde-ci, rompant par là avec la tradition judéo-chrétienne qui interdisait justement de pouvoir disposer de sa mort (sous peine d’être exclus de la vie éternelle au paradis et voué à la vie éternelle dans les enfers) et préconisait de l’attendre patiemment. Cette tradition remonte d’ailleurs plus loin, aux Grecs anciens (Socrate), pour qui la vie était un long apprentissage de la mort. Mais dans une société où la mort est objet de peur, la place est grande ouverte au « charlatanisme ».
Ainsi, mourir est devenu une sorte d'échec. La techno-science est donc appelée à la rescousse (médecine, cryogénisation, monde virtuel) afin d’octroyer qq années de plus, voire l’éternité. Elle prend la place des croyances religieuses traditionnelles, et se pose comme qq chose qui ressort de l’ordre du divin. Il n’existe pas de cimetière sur SL, alors qu’il existe des ambassades, des agences immobilières, des boutiques, des sièges de partis politiques… Tout a été emprunté au réel, sauf la mort !
Quand on place le problème de la mort dans SL, c’est une véritable provocation aux yeux des utilisateurs, car on y cherche justement à fuir ce tabou qu’est devenue la mort. C’est ce qui explique la véritable idolâtrie dont est sujet le corps ds SL, un corps de préférence jeune, beau et puissant. Ce refus même du vieillissement, de la dégradation, et de son fatal accomplissement, prend de multiples facettes. L’une des principales cause est la place du sexe dans cet univers.
Au premier abord, on peut penser que les consommateurs du sexe sur SL y recherchent la possibilité d’y assouvir tous leurs fantasmes (partouze, bondage…). Dans ce cadre, les avatars féminins qui fréquentent les divers lieux de débauche s’avèrent derrière leur écran en grande majorité des hommes. La sexualité sur Second Life est donc entièrement basée sur le fantasme d’un soi idéalisé ou transfiguré, dont on peut changer le physique et le genre. C’est par là même le fantasme d’un autre dont on ne sait rien, qui peut nous griser ou nous dégoûter par la suite. Mais en y regardant de plus près, dans SL la mort est présente à plus d’un égard : pratiques dites « déviantes » (SM, bondage…), possibilité de changer de sexes comme de chemises (qu’advient-il alors du précédent organe ?)… Comment en effet interpréter ce fantasme des corps infatigables et renouvelables autrement que comme une tentative d’exorciser la mort ? L’interdit du sexe explose tandis que le tabou de la mort vient le remplacer (cf « Pornographie de la mort » de Geoffrey Gorer).
Le suicide va donc à l’encontre de ce tabou de la mort : le futur suicidé (ou le suicidaire ?) vit avec l’idée de la mort dans sa vie quotidienne même, la faisant par là vivre. Mais dans SL, cette possibilité même est refusée : on ne peut mettre fin aux jours de son avatar, de toute façon la question ne peut se poser ! Cette question est obscène, insensée, irrationnelle, s’opposant au principe même de plaisir sur lequel fonctionne SL : oui aux pulsions de vie, non aux pulsions de mort ! Celui qui porte ce problème est un malade, contagieux, qui doit donc être exclu de la communauté. C’est la raison pour laquelle le seul suicide autorisé est le suicide social ! Ne serait-ce pas parce que le suicidaire renvoie de plein fouet à la modernité son échec de ne pas avoir réussi à donner un sens à la vie humaine ? Et n’est-ce pas là une façon de limiter singulièrement la liberté à laquelle chacun peut prétendre dans la RL ? Le jour où les sectes organiseront sur SL des suicides collectifs, alors on pourra dire que RL et SL sont devenus poreux : ce sera le premier pas vers un exode de RL vers SL !